Anglais intensif

Tout d’abord, rappelons que, contrairement à une croyance largement répandue dans la population, l’enseignement intensif de l’anglais en sixième année n’est pas un programme d’immersion. En d’autres termes, les autres matières comme les mathématiques ou les sciences ne peuvent être enseignées dans une autre langue que le français en vertu de la Charte de la langue française. Conséquemment, une partie de l’année scolaire ne servira qu’à enseigner l’anglais, et le reste de la grille-matières sera condensé durant la période restante, ce qui réduit considérablement le temps dédié à l’apprentissage de plusieurs disciplines.

Évolution du dossier

En mars 2011, le premier ministre Jean Charest annonçait, à l’occasion de son discours inaugural, la mise en place d’un programme d’enseignement intensif de l’anglais pour tous les élèves de sixième année du Québec. L’implantation était exigée dans l’ensemble des écoles pour l’année scolaire 2015-2016.

Rapidement, la Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE) a dénoncé l’improvisation entourant cette annonce, particulièrement en raison de l’absence d’une analyse sérieuse des conséquences sur les conditions d’apprentissage des élèves, ainsi que sur les conditions de travail des enseignantes et enseignants.

En mars 2013, quelques jours après une sortie médiatique et de nombreuses démarches de la FSE auprès du ministère de l’Éducation, des Loisirs et du Sport (MELS), la nouvelle ministre de l’Éducation, Marie Malavoy, levait l’obligation d’implanter un programme d’anglais intensif en sixième année dans les écoles primaires, sans toutefois freiner la mise en place de nouveaux programmes dans les écoles. Du même coup, la ministre annonçait que la responsabilité d’implanter ou non un programme d’anglais intensif dans une école incomberait dorénavant au conseil d’établissement.

Plus tard, au printemps 2013, madame  Malavoy confiait à l’École nationale d’administration publique (ENAP) le mandat d’évaluer la mise en œuvre et les effets de l’enseignement intensif de l’anglais, langue seconde. L’ENAP a aussi reçu le mandat d’évaluer les effets de l’introduction de l’anglais, langue seconde, dès le premier cycle du primaire.

La position de la FSE

Pour débuter, il importe de clarifier un point : la FSE n’est pas contre le fait d’apprendre une autre langue, et ne nie pas non plus qu’une bonne connaissance de l’anglais représente un atout.

Cependant, nous sommes d’avis que la fin du « mur à mur » annoncée par la ministre Malavoy n’est pas une solution suffisante. Le gouvernement du Québec aurait dû mettre un frein au développement de tout nouveau projet d’anglais intensif, tant et aussi longtemps que l’évaluation de l’ensemble de la situation de l’anglais ne sera pas faite. Les conséquences d’une réduction importante du nombre d’heures d’enseignement sur les matières telles que le français et les mathématiques doivent aussi être évaluées.

Aussi, d’autres questions demeurent sans réponses. En l’absence de toute balise, sur quoi les membres du conseil d’établissement d’une école peuvent-ils s’appuyer pour prendre des décisions éclairées ?

La possibilité que les principes de la concurrence guident le conseil d’établissement dans ses décisions est bien réelle, et les conséquences de cette concurrence sur la réussite de l’ensemble des élèves n’ont toujours pas été évaluées. En effet, forte d’un projet particulier attrayant, une école pourrait avantageusement concurrencer les autres écoles de son quartier ou de sa commission scolaire pour recruter des élèves.

Pour toutes ces raisons, la FSE croit fermement que l’implantation de nouveaux programmes d’anglais intensif devrait être complètement stoppée, et ce, jusqu’à ce qu’un véritable portrait de la situation soit livré et étudié.